Se déplacer autrement, en quoi est-ce un enjeu majeur ?

 Ce week en je suis intervenu au nom de France Nature Environnement lors de l’assemblée générale de Charente Nature Environnement, à Angoulème.

Voici le texte de mon intervention qui reprend certains points évoqués dans d’autres conférences.

Se déplacer autrement, en quoi est-ce un enjeu majeur ?
Le changement climatique est là, à nos portes. Il commence doucement à s’installer et nous sommes en train de le regarder tout sourire.
Un petit peu comme l’histoire de cette grenouille que l’on met dans une casserole d’eau. On fait chauffer l’eau, elle trouve ça  agréable…
C’est vrai que c’est plutôt agréable quand il fait un peu plus chaud.
Puis la chaleur augmente. Elle ne s’inquiète pas trop elle est bien, à se prélasser dans son jacuzzi. Tranquillement, elle entre dans un état de demi sommeil paisible.
Puis la chaleur augmente encore et toujours. A un point que ça ne devient plus confortable du tout. Notre grenouille  commence à s’inquiéter, mais son demi sommeil, qui l’a rend amorphe, l’empêche de contester.
C’est alors que l’eau boue… Je vous laisse imaginer la suite.
Il faut réagir, on a plus le temps. 
On le sait tous. Les analyses sont là, le bilan est lourd.  Toutefois, il continue d’être contesté, ou accepté mollement pour faire bonne figure sans pour autant générer de réaction à la hauteur de l’événement. Isabelle Delanoye, Scénariste du film home de Yann Arthus Bertrand, avait trouvé les mots justes : « on a pas 20 ans pour réagir, on a 20 ans pour réussir ».
Seulement voilà, on sait à quelle vitesse va le monde…Pour les jeunes dans 20 ans, c’est l’infini, pour les plus agés, 20 ans, c’est la retraite.
La réaction aux changements climatiques se heurte aux mêmes freins que l’ensemble des problématiques du développement durable. C’est du long terme.
Il s’agit d’agir pour un projet dont on n’est pas sûr de voir les effets. Personnellement, j’ai déjà du mal à anticiper les 6 prochains mois de mon entreprise. J’ai déjà du mal à économiser pour les études de mes deux enfants. Comment voulez vous que j’arrive à me mettre en marche pour une problématique aussi long terme et aussi abstraite ? On agit pour demain, car il faut prévoir, anticiper, mais qu’est-ce qu’on y gagne maintenant ?
Je dois vous dire qu’en fait, dans ce monde de l’immédiateté, ça fait du bien de se concentrer aussi sur des problématiques long terme qui ont du sens pour notre société. Ça fait du bien de travailler pour nos enfants, sans forcément avoir comme premier objectif de leur procurer un pécule. Ça fait du bien de se retrouver ensemble aujourd’hui pour trouver des solutions à un problème humanitaire.
Et le bonus dans tout cela c’est qu’en modifiant mon comportement je peux aussi trouver une satisfaction immédiate.  Réagir face au changement climatique, n’est pas forcément une contrainte.
Les transports représentent en France 68% de la consommation de produits pétroliers à usage énergétique et sont responsables de 34% des émissions de dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre
Autant dire que nous avons là un levier d’action très efficace.
 
Lutter contre le réchauffement climatique est un enjeux
Le déplacement tel que nous le pratiquons aujourd’hui, c’est à dire, pour résumer, l’autosolisme…  ne produit pas que des nuisances CO2.
• Il y a les nuisances sonores.
Et puis il y a les pollutions locales, dans nos villes, dans nos villages,  avec notamment
• Les particules fines qui sont liées à l’augmentation des risques de cancer et des maladies respiratoires
• Le monoxyde de carbone qui crée des maux de tête, des vertiges, fatigue ou des troubles sensoriels
• Les oxydes d’azote qui sont responsables des irritations du système respiratoire
• Les oxydes de soufre , Les hydrocarbures , etc…
Lutter contre la pollution est un enjeux
Mais pourquoi changer nos habitudes ? La voiture électrique arrive, et elle ne pollue pas elle ?
Nous savons tous que c’est faux. La voiture électrique ne constitue en aucun cas une réponse à la hauteur des enjeux.  On continue d’utiliser une boite d’une tonne pour transporter un bonhomme de 70kg….
Au siècle dernier, puisqu’il s’agit bien de cela, la voiture était un objet de désir, un accomplissement, un des premiers signe d’indentification sociale. Aujourd’hui, ne pas avoir de voiture devient un signe d’identification de plus en plus important. Prendre le train c’est moderne.
La voiture prend par ailleurs une place folle. La dernière fois, je passais dans une rue étroite avec ma voiture.
De chaque coté, les piétons sur un trottoir exigus slalomaient entre les rétroviseurs des voitures garés sur la chaussée.
Du fond de ma tonne de plastique, je tentais d’avancer sans rayer les véhicules en stationnement.
Sur la route, régulièrement, des piétons traversaient, à l’improviste, sacs de course et téléphone à la main. « mais c’est pas normal, il fait quoi sur la route lui ? ».  Avec 10 secondes de recul j’aurais plutôt du dire « Mais c’est pas normal, je fais quoi au milieu de la ville moi, et toute ses voitures à l’arrêt qui ne servent à rien…. »
Désencombrer nos lieux de vie, est un enjeux
Saviez vous qu’en 2001, les accidents de la route ont représenté 61% des accidents du travail mortels (trajet domicile travail inclus).
Wouah !
J’avoue, moi non plus quand on me l’a dit je ne l’ai pas cru….
La sécurité du transport est un enjeux.
Alors c’est bien gentil tout ça, mais le train, le bus c’est cher ?!
Le problème avec le train, c’est qu’on sait combien il coute… Mais combien coute ma voiture ?
Sur la base de 15 000 km par an, si j’ai une petite essence, elle me coute 6 000 euros par an. Si j’ai un monospace, c’est 10 000.
Et puis les transports en commun c’est subventionné, encore le contribuable qui paie !
Qui paie les routes ? Qui paie les ronds points ? Qui paie les ponts ? Qui paie les rocades ?
Oui, bon d’accord, mais tout le monde n’a pas de gare au pied de chez soi
C’est vrai, la voiture a le grand mérite de permettre une flexibilité sans comparaison à ce jour.
Pour que je puisse rentrer en train ce soir, nous avons du aménager l’organisation de la conférence. D’ailleurs, je ne rentre pas en train. Je rentre en train + taxi, car c’est la somme de moyen qui m’a semblé le plus adapté.
Finalement, le premier chemin que nous aurons à faire sera de considérer le transport comme une somme de trajets individuels qui auront chacun leurs moyens adaptés.
Oui mais puisque la voiture peut tout remplacer,  pourquoi ne pas garder juste la voiture ? 
Permettez moi une analogie :
Chez moi j’ai bien des couteaux à viande et un couteau à beurre ? Pourtant, avec mon couteau à viande, je pourrais aussi couper du beurre non ?
Souvent au cours d’un même repas, on utilise même plusieurs couteaux. Un pour l’entrée, un pour le plat, un pour le fromage et un pour le dessert. Ainsi au fur et à mesure du repas, on prend le couteau le plus adapté.
Et si chaque trajet n’était qu’un repas énergivore. Pour l’entrée, je pourrais prendre ma voiture et me rendre à la gare. Pour le plat de résistance, je prendrais le train, et pour le dessert, un bus voir un vélo. On appelle cela la multimodalité ou l’intermodalité.
Oui, mais en moyenne en France, on passe déjà 66 minutes dans les transports par jour. Votre multitruc là, ça va encore allonger mon temps de trajet et moi je n’ai pas le temps, je suis pressé. 
Et bien voilà un des premiers bénéfices directs d’un transport multimodal. En remplaçant 30 minutes de voitures par 2 fois 7 minutes de vélos et 30 minutes de train, les  45 minutes que vous allez prendre pour vous déplacer ne sont plus perdues. 15 minutes de vélo, ça fait du bien, ça décrasse les neurones et ça aide à garder la ligne. 30 minutes de bus ou de train, c’est 30 minutes pour lire un livre, ou 30 minutes pour préparer votre réunion, ou 30 minutes pour faire votre liste de course, ou 30 minutes pour finir votre nuit.
Se réapproprier le temps perdu dans le transport est aussi un des enjeux. 
D’ailleurs quand on rentre dans une réflexion personnelle au sujet de ces modes de déplacement, on arrive rapidement à la question fondamentale : Doit-on encore se déplacer ?
C’est vrai, on imagine des choses fantastiques! On redessine les réseaux de transport en commun pour mieux coller aux besoins des populations, on met des vélos ou des voitures à dispositions des salariés, on développe des services de covoiturage. On réfléchit même à la multimodalité parfaite entre tous ses services!
Et quand on rêve…. on voit le tout avec un service express, 24/7, grâce au téléphone mobile dernière génération et au fonctionnalité de GPS intégré.
On en rêve, et je vous assure qu’on va le faire ! Les bus et les voitures seront tous 100% remplis !
Mais quid de l’immobilisme ? 
Pas l’immobilisme synonyme de conservatisme, de refus du changement. L’immobilité synonyme d’énergie consacrée à faire autre chose que se déplacer.
Les habitations ce sont éloignés des centres d’emploi et de commerce. Les entreprises souhaitent être proche du business, à moins de 15 minutes de leurs clients. Parfait, on a déplacé toutes les entreprises dans des zones d’activités et on a demandé aux gens d’aller vivre ailleurs.  La distance entreprise – entreprise est donc a priori réduite. Mais qu’en est-il de la distance de vie sociale à vie sociale ? Ou sont passées les  minutes soit disant gagnées ? C’est nous, les individus qui les parcourons chaque jour pour nous rendre au travail. Même quand nous n’allons pas voir nos clients…
Moins se déplacer c’est recentrer son lieu de vie. 
Passer plus de temps ou même endroit c’est tisser des liens, créer du relationnel.
Etre en contact avec ses voisins, son entourage, partager un peu de leur quotidien, c’est former les bases de la solidarité et de l’échange.
Finalement, l’urgence écologique ne nous inviterait-elle pas à revenir au fondamentaux de notre humanité ?
Et si la nature était en train de nous rappeler à l’ordre. 

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