Entrepreneur ET comédien

Entrepreneur ET comédien
Done, Check, ça c’est fait, je l’ai mis sur mon profil Linkedin.

 

Entrepreneur ET comédien.

 

ET !  la conjonction de coordination qui résume en elle même mon changement de perspective.
J’ai passé les dix dernières années en plein tiraillement.
  • “Quand vas tu enfin oser devenir comédien ?”
  • “Quand vas tu enfin lâcher cette lubie et rester focus sur ton métier d’entrepreneur”.
Focus, l’anglicisme qui m’a culpabilisé depuis 10 ans.

 

Autour de moi, dans les médias, je ne vois que des gens qui sont “succesfull” car “focus”.
Les comédiens de talent ont commencé tout petit (comme moi), et n’ont fait que ça depuis (pas moi). Ils sont restés focus.
Les entrepreneurs de talent ont lancé des supers projets (comme moi) et consacré toute leur énergie à leur entreprise (pas moi). Ils sont restés focus. Moi j’y peux rien, faut que j’en crée une tous les 3 ans.

 

Alors vous allez me dire “mais non, regarde untel, regarde machin ! Il ne sont pas focus !” Vous avez certainement raison, mais moi mon coeur ne les a pas vus ceux là et comme ce blog n’est pas une tribune mais un café du commerce, ben je vous parle de moi, c’est d’ailleurs le seul sujet sur lequel je suis le meilleur expert au monde !.

 

En 2012, quand j’ai cherché un partenaire pour ecolutis, je suis allé voir un entrepreneur successfull, qui après être devenu millionaire dans les logiciels, a passé 3 ans à être guitariste dans un groupe de rock pour redevenir ensuite entrepreneur. Je lui parle d’ecolutis et d’un toit pour les abeilles, il me répond “mmmh, en général, je préfère les gens qui sont focus sur un sujet”.

 

Purée, mais j’y arrive pas moi, je suis comme ça, je suis grand angle, je suis incapable de faire la mise au point sur un seul sujet plus de quelques heures.
Je me disais “ok, en fait t’es pas bon”, ou alors “quand vais-je enfin trouver MA vocation ?”.

 

aaah ! LA vocation !

 

Celle dont on parle dans les vidéos avec une musique qui commence vous envoute dès les premières notes et qui se termine en vous donnant la niak pendant 2 semaines ?  Ou l’on voit une danseuse qui a enfin trouvé sa voie et qui se bat, persévère, tombe se relève et réussi à la fin à devenir “la vraie danseuse de ses rêves“.

 

Mes ces vidéos à la con elle me faisait flipper moi !
Pourquoi ? Et bien pour deux raisons :

 

  1. Je n’ai pas de vocation. Vous m’entendez, je n’ai pas de vocation. Ou alors elle est bien caché et vous me faites tous flipper à me dire chaque jour “trouve ta pleine et entière vocation, c’est la voie du bonheur…sourit à la vie”.
  2. Je n’ai aucune ambition. Aucune. Devenir millionaire de m’intéresse pas, bien que j’ai vraiment besoin d’argent. Etre la star du one man show flaterait mon ego, mais probablement pas mon âme. Je n’ai pas de trajectoire idéal, de projet parfait. En fait, après de multiple prise de tête de nuit, de jour, en solo ou à plusieurs, j’ai compris que mon seul projet dans ma vie était “aimer et vivre des aventures“.

 

Quand j’ai décidé de partir d’iDvroom, je me suis refusé à prévoir la suite. J’avais envie d’affronter le vide, de voir ce qui allait venir. J’avais douze mille idées d’entreprises, j’avais la chance d’avoir des appels du pied pour des boulots. Non non, j’avais besoin de vide, de rien, de désert.
Sur cette période j’ai compris que je ne serai probablement pas plus heureux 100% comédien que 100% entrepreneur. L’enjeu n’était donc pas de choisir.  J’ai décidé alors de faire les 2, que dis-je les 3, car j’ai aussi décidé que je serais à la sortie de l’école tous les jours pour mes enfants et le mercredi après midi.
Certains m’ont dit “oh la la, ça va être compliqué tu t’éparpilles dans plein de direction”.
Mais non les gars, je me concentre, j’en ai choisi que 3 ! J’ai pas mis chanteur, coach, journaliste, blogueur, serveur dans un bar…

 

Et alors là, j’ai vu quelque chose se passer dans ma vie….
Pendant 10 ans, j’essayais d’être focus. Comme une baguette qui essaie de faire tenir une assiette chinoise dans les numéros de cirque. J’essayais, j’essayais mais ma nature même m’en empéchait. J’étais en éternel tiraillement, voire souffrance. Je passais mon temps à faire tourner la baguette pour essayer de maintenir un équilibre instable. Tenir cette assiette devenait trop dur pour moi. Ma personnalité même m’empechait d’être centré. Je ne luttait pas contre l’adversité du mon économique qui me bousculait, je luttais contre moi même qui me faisait une fausse image de ce que je devais faire.

 

Et puis j’ai ajouté 2 baguettes supplémentaires.

 

Ma famille et le théatre et un engagement associatif

 

2 baguettes supplémentaires, vous imaginez le truc ? Mettez trois doigts de votre main droite sous votre main gauche, vous allez tout de suite comprendre. Fini l’assiette chinoise ! Ma vie devient un trépied. Un trépied c’est l’équilibre stable, même si un des pieds est plus haut que les autres, ça tient et si tu veux rééquilibrer, t’as le temps, ça tient, ça penche, ça travaille, c’est pas simple à gérer, mais ça tient.

 

ça tient tellement bien, que j’ai la niake pour créer d’autres entreprises tout en montant d’autres pièces de théâtre.

 

J’avais quand même une petite inquiétude… Le regard des autres, et notamment celui du “monde économique”. “Ah ok, t’as quitté un poste de DG d’une filiale d’un grand groupe pour faire le saltimbanque ! Je comprend, je comprend”. Le regard de mon équipe “T’es avec nous ou t’es sur scène mec !”.

 

Intérieurement, je savais bien que de toute les façons quand j’essayais d’être focus, je passais beaucoup de temps à procrastiner, donc finalement en temps de travail pur et dur ça revient au même que je monte sur scène…
Mais j’avais vraiment peur du regard.

 

Et bien là aussi il s’est passé un truc de dingue. Depuis que je suis un trépied, on m’appelle. Je veux dire, je suis plus en contact avec le monde économique que quand j’étais une assiette chinoise. Un jour j’ai eu un de mes nombreux syndrome de l’imposteur alors que j’étais en mission pour un grand groupe. Le patron m’a dit “Olivier, tu es là car j’aime ta liberté intérieure”. Wouaouh ! Are you telling me that you embauche me because j’ose être moi même !??? Le truc de dingue…

 

En fait, je viens de comprendre un truc en écrivant ce billet.

 

J’arrive très très bien à être focus sur un grand projet. Ce projet, c’est ma vie. Et tout ce que les autres en pense, de bien, de mal, d’agréable ou de désagréable, tout cela, leur appartient.

 

PS1: Je relis ce billet et je me dis:” ah là là, tout ça c’est pourtant déjà écris dans les livres de développement personnel que je lis depuis 10 ans. Mais je suis comme ça moi, les bouquins m’éclaire mais tant que je n’expérimente pas, je ne progresse pas.
PS2: si ça se trouve dans 3 ans, j’aurais trouvé ma vocation, qui sait, tout cela n’est qu’un chemin….

 

7 Comments

  • Florence Leroy

    4 November 2016 at 13 h 52 min

    Super Olivier ! Merci de prendre le temps de mettre tout cela par écrit et d’avoir l’audace (et le plaisir, n’est ce pas ?) de nous le partager. J’aime tes questionnements, et les réflexions qui les accompagnent. Merci

  • Marinette

    4 November 2016 at 14 h 38 min

    Merci pour ce billet ! J aime beaucoup le pas de vocation / pas d ambition. Effectivement on court dans les livres après l avènement ou la révélation de qui on serait vraiment. Il faut aussi professionnellement faire son storytelling et toujours expliquer la cohérence de nos parcours pour montrer que tout est lisse et que la, on est au top de notre vie.

    Mais vivre pleinement différents choix quotidiens simultanés, qui ne soient pas au détriment les uns des autres et nous nourrissent différemment, me paraît super sain. Et tant pis si certains aimeraient plus, du 200%. Ça me paraît super sain ta démarche à bien y penser… 🙂

  • Dxa1977

    4 November 2016 at 15 h 56 min

    Hello Olivier, essaie l’improvisation théâtrale : comédien, scénariste, réalisateur en même temps ! A+ Xavier D.

  • Albert

    7 November 2016 at 14 h 19 min

    Merci Olivier d’avoir pris le temps de partager cette réflexion avec nous.

    Ce que tu dis là recoupe bien mon propre ressenti. Longtemps, il m’a été difficile de me définir en quelques mots, de dire quelles étaient mes passions, jusqu’au moment où j’ai compris que :
    1/ c’était la vie elle-même qui m’intéressait, la vie et toute sa complexité.
    2/ que j’avais le droit de changer et de m’intéresser à de multiples sujets.

    J’ai également compris que tout le monde n’avait pas le même fonctionnement et que ma façon de traverser la vie pouvait en faire flipper plus d’un. Au final, j’ai résumé tout ça en qq mots dans “La vie comme un voyage” 🙂

    PS pour Dxa1977 : oui, l’impro c’est top ! d’ailleurs, hop, j’y retrouve mes amis dès ce lundi soir.

  • Baptiste Marty

    16 November 2016 at 0 h 30 min

    Quel beau cheminement.
    J’ai mené sans le savoir une trajectoire analogue, mais là ça me permet d’y voir plus clair d’aller encore plus loin.
    Merci Olivier !

  • Guy

    18 November 2016 at 16 h 04 min

    Ça ne me laisse franchement pas indifférent ton post, peut-être bien qu’il me manque une baguette … j’y réfléchi!

  • Florence

    18 December 2016 at 22 h 39 min

    Merci de ces réflexions sur les mythes du prêt à penser industriel. Il est conçu par des coachs venus d’on-ne-sait-où sûrement géniaux et très diplômés. Mais ça ne colle pas parce que cela prend des concepts en disant aux gens de les appliquer au nom de… la réussite, le bonheur, l’employabilité?
    C’est tenable combien de temps ?
    Ce que tu décris c’est le concept philosophique d'”être vivant”, et donc tu nous mets en évidence que tu es Vivant, alléluia!
    Ce que je me suis en étant multifocus, c’est qu’il faut trouver un équilibre, une forme d’harmonie entre activité/repos, plein/vide, travail/vie privée, souffrance/plaisir, excès/santé, bref. Et mon guide, le vrai fil, ce n’est pas la réussite professionnelle. Ce la réussite évangélique de ma vie. Malgré les détours, les erreurs, les plantages, les illusions, les futilités.
    Bise